À l’heure où les uns bouclent leur valise, une partie importante de la population française reste chez elle chaque été, non par choix mais faute de moyens ou d’habitude. Selon une étude du cabinet Astères pour le fonds de dotation Essentiem, publiée en juin dernier à l’occasion du 90e anniversaire de la loi sur les congés payés, 39 % des Français, soit environ 22 millions de personnes de plus de 15 ans, ne sont pas partis en vacances l’an dernier. Un chiffre qui interroge sur ce qui est encore présenté comme un acquis social universel.
Un « noyau dur » de non-partants
Au-delà du chiffre global, l’étude distingue une population de non-partants chroniques : 22 % des Français n’ont pris aucune vacances pendant trois années consécutives. Pour cette part de la population, l’absence de départ n’est pas un accident de parcours ponctuel mais une situation durablement installée.
Sans surprise, la contrainte financière arrive en tête des obstacles cités, à hauteur de 38 %. Mais les chercheurs soulignent aussi des freins structurels qui ne se réduisent pas au seul budget : à revenu médian comparable, les salariés du secteur privé partent bien plus souvent que les indépendants ou les travailleurs de petites structures, faute d’accès aux dispositifs collectifs comme les comités sociaux et économiques ou les chèques-vacances, plus répandus dans les grandes entreprises et le secteur tertiaire.
Un phénomène qui se transmet
L’un des enseignements les plus marquants de l’étude concerne la dimension générationnelle du non-départ : 64 % des adultes qui ne partent pas en vacances aujourd’hui n’en prenaient déjà pas durant leur enfance. L’absence de pratique vacancière installerait ainsi une forme de distance durable, parfois même une forme d’auto-censure, qui dépasse la seule question du budget disponible au moment de réserver.
- 49 % de non-départ dans les communes rurales de moins de 2 000 habitants
- 28 % de non-départ en agglomération parisienne
- 60 % des personnes de plus de 65 ans ne partent pas en vacances
Ces écarts territoriaux et générationnels rejoignent les analyses du géographe Rémy Knafou, pour qui le tourisme reste aujourd’hui, selon ses propres termes, « le royaume de l’inégalité ». Une inégalité que plusieurs quotidiens régionaux ont récemment illustrée en donnant la parole à des familles confrontées à ce qu’ils appellent un « phénomène d’éviction » des vacances traditionnelles.
Des dispositifs existent, mais restent mal connus
Face à ce constat, plusieurs aides existent pourtant pour faciliter un premier départ : chèques-vacances de l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV), aides au départ proposées par certaines caisses d’allocations familiales, séjours subventionnés via les comités sociaux et économiques d’entreprise, ou encore programmes associatifs dédiés aux familles n’étant jamais parties. Le principal obstacle reste souvent moins le montant de l’aide que sa méconnaissance par les foyers concernés, qui n’engagent pas toujours la démarche faute d’information accessible.
Questions fréquentes
Qui sont les Français qui ne partent jamais en vacances ?
Il s’agit surtout de personnes aux revenus modestes, de retraités isolés, d’habitants de zones rurales éloignées et de personnes n’ayant pas connu de départs en vacances durant leur enfance, ce qui installe durablement une distance avec cette pratique.
Quelles aides existent pour partir en vacances avec un petit budget ?
Les chèques-vacances ANCV, les aides des caisses d’allocations familiales, les séjours proposés par les comités sociaux et économiques d’entreprise et certains programmes associatifs permettent de réduire le coût d’un premier départ.
Le non-départ en vacances est-il seulement une question d’argent ?
Non. L’étude Astères montre que des freins structurels et générationnels s’ajoutent à la contrainte financière : accès inégal aux dispositifs collectifs et absence d’habitude de départ transmise depuis l’enfance.
Sources
- Presse Agence — Vacances : près de 4 Français sur 10 toujours privés de départ
- France 24 — Partir en vacances : un rêve inaccessible pour 40 % des Français
- Sud Ouest — « Le tourisme est le royaume de l’inégalité », selon le géographe Rémy Knafou
Pour aller plus loin, consultez aussi nos rubriques A savoir, Economie – Finance et Famille – Enfant – Senior.
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