Après des années de retard face à des pionniers comme la Chine ou les Pays-Bas, la France accélère enfin le déploiement du solaire flottant. Plusieurs centrales photovoltaïques installées directement sur des lacs, d’anciennes carrières ou des retenues de barrages doivent entrer en service dans les prochains mois. Cette dynamique soulève une question moins souvent posée que le seul potentiel énergétique : quel est l’impact réel de ces immenses surfaces de panneaux sur la vie aquatique qu’elles recouvrent ?
Plusieurs centrales sortent de terre en 2026
Le mouvement est désormais concret, avec plusieurs chantiers annoncés ou déjà lancés cette année. Dans le Bas-Rhin, l’énergéticien Iberdrola construit une centrale flottante de 25 MW sur une ancienne carrière de la commune de Kurtzenhouse : 13,5 hectares de panneaux, une production annuelle attendue d’environ 27 GWh et une livraison prévue pour l’été 2026, de quoi couvrir la consommation électrique de près de 10 000 foyers du Grand Est.
Dans le Cher, l’énergéticien BayWa r.e. prévoit de son côté de convertir un plan d’eau artificiel de la carrière de granulats de Nançay : environ 34 000 panneaux photovoltaïques sur plus de 7 hectares, pour une puissance totale proche de 14 MWc. Dans les Bouches-du-Rhône, un projet d’une tout autre ampleur doit mobiliser près de 400 emplois pour installer, dès 2026, environ 1,5 million de panneaux sur les lacs de Lavalduc et d’Engrenier. TotalEnergies a quant à lui inauguré en mars 2026 la plus grande centrale solaire flottante d’Europe dédiée à l’autoconsommation, confirmant l’intérêt croissant des industriels pour cette technologie.
La grande inconnue : l’effet sur la biodiversité aquatique
Recouvrir une partie d’un plan d’eau de panneaux n’est pas un geste anodin pour l’écosystème qu’il abrite. En faisant de l’ombre à la surface, les installations flottantes peuvent faire baisser la luminosité, la température de l’eau et le taux d’oxygène dissous, avec des conséquences encore mal connues sur la faune et la flore aquatiques, en particulier lorsque les projets sont de grande taille.
Pour limiter ces risques, les exploitants s’engagent en général à ne couvrir qu’une partie limitée du plan d’eau, de l’ordre de 40 à 60 % de la surface selon les sites, et à installer les premiers flotteurs à plus de 20 mètres des berges afin de préserver les zones les plus sensibles pour la faune et de maintenir les usages de loisirs. Face au manque de recul scientifique, plusieurs programmes de recherche ont été lancés en France, dont les projets SOLAKE, FLOATIX et SOLFLUX, pilotés notamment par le pôle de recherche et développement ECLA, pour mieux comprendre le fonctionnement écologique de ces plans d’eau une fois équipés.
Pourquoi ce sujet dépasse le seul cercle des énergéticiens
Le solaire flottant présente un avantage souvent mis en avant par ses promoteurs : il n’entre pas en concurrence avec les terres agricoles ou les espaces naturels au sol, contrairement à certains parcs solaires terrestres. Installé sur des carrières en fin d’exploitation ou des retenues déjà artificialisées, il permet de donner une seconde vie à des sites parfois laissés à l’abandon, tout en créant des emplois locaux le temps des chantiers. Pour les riverains et les usagers de ces lacs et carrières, la question de la préservation de la biodiversité et des activités de loisirs restera néanmoins centrale dans les mois qui viennent, à mesure que les premières centrales entreront en fonctionnement et que les résultats des programmes de recherche seront publiés.
Pour en savoir plus sur les enjeux énergétiques du moment, direction notre rubrique Écologie – Bio. Les aspects technologiques de ces nouvelles centrales sont à retrouver dans notre rubrique Applis – Nouvelles technologies, tandis que les retombées économiques locales sont abordées dans notre rubrique Économie – Finance.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le solaire flottant et en quoi diffère-t-il du solaire classique ?
Le solaire flottant consiste à installer des panneaux photovoltaïques sur des flotteurs posés à la surface d’un plan d’eau, comme un lac, une carrière noyée ou une retenue de barrage, plutôt qu’au sol. Le principe de production d’électricité reste le même, mais l’implantation évite d’artificialiser des terres agricoles ou naturelles.
Le solaire flottant est-il dangereux pour les poissons et la faune aquatique ?
Les scientifiques n’ont pas encore assez de recul pour trancher. L’ombrage créé par les panneaux peut modifier la luminosité, la température et l’oxygénation de l’eau, ce qui pourrait affecter la faune selon la taille du projet. C’est justement l’objet des programmes de recherche français en cours, comme SOLAKE ou FLOATIX.
Où seront installées les prochaines centrales solaires flottantes en France ?
Plusieurs projets doivent voir le jour en 2026, notamment dans le Bas-Rhin (Kurtzenhouse), dans le Cher (Nançay) et dans les Bouches-du-Rhône (lacs de Lavalduc et d’Engrenier), le plus souvent sur d’anciennes carrières ou des retenues déjà artificialisées.
Sources
Le Moniteur – Une nouvelle centrale solaire flottante dans le Bas-Rhin en 2026
BayWa r.e. – Deux projets solaires flottants sur d’anciennes carrières
PV Magazine France – TotalEnergies inaugure la plus grande centrale solaire flottante d’Europe
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